Point de départ : Val d'Aube
Accès : Environ 63 kms de Tarbes
Voir carte ViaMichelin
Durée : boucle de 7h, dénivelé 750 m
Difficulté : moyen
1er mars 8 heures. Aujourd’hui est un grand jour. Après avoir exploité le domaine skiable de la petite station de Val-Louron, dans les Pyrénées, nous avons décidé de nous essayer à la randonnée en raquettes. Pour chacun de nous c’est une première. Les sacs à dos sont chargés de sandwichs, fruits, barres céréalières, et biscuits, sans oublier une grande quantité d’eau. Le rendez-vous avec notre guide accompagnateur est fixé à neuf heures. Le temps est gris. Où irons-nous ? Du côté du territoire des ours, du côté de l’Espagne ou bien en face, de l’autre côté de la vallée ? Nous rêvons autour du petit déjeuner copieux de la résidence hôtelière du Lustou…
Neuf heures, Christian, notre guide, est campé devant la boutique de location. Il nous conseille sur le choix du matériel. Après concertation, chaussures et raquettes sous le bras nous décidons de randonner vers le val d’Aube, de l’autre côté de la vallée. Une demi-heure de voiture en passant par Loudenvielle vers Artiguelongue pour arriver au point de départ et stationner après un petit pont.
Dix heures ; raquettes aux pieds, nous voilà sur le chemin. La pente est raide, nous sommes vite essoufflés. Une musaraigne sans vie nous donne une première occasion de nous arrêter. Nous l’attrapons par la queue, observons son museau pointu et redéposons ce petit insectivore là où nous l’avons découvert. Après avoir récupéré, nous attaquons la deuxième partie de la pente.
Deuxième arrêt sur un réservoir qui surplombe une jolie chute d’eau. Je tente une marche arrière et tombe lourdement dans la neige fraîche. De quoi amuser mes compagnons.
Nous abandonnons le sentier et attaquons directement la pente dans sa verticalité. Aucune trace, nous sommes seuls et inscrivons nos empreintes dans la neige immaculée. Christian s’applique à tracer des lacets pour que l’ascension soit moins pénible. Basile, colle aux talons de notre guide. Notre petit groupe de quatre est homogène. Parfois nous nous retournons et constatons avec bonheur que la vallée devient de plus en plus petite. Le lac de Génos s’apparente maintenant à une mare. Nous sommes fiers de nous. Nous résistons.
Onze heures et demie : premier arrêt sérieux. Devant nous la vallée se divise en deux. A droite l’Espagne et ses sommets de plus de 3000 mètres. A gauche en cul de sac le fond de la vallée. Nous nous accordons dix minutes. L’arrêt repas se fera aux alentours de 13H30. Nous continuons à nous élever mais maintenant en lisière de forêt.
Nous avons relevé des empreintes de cervidés. Pour espérer avoir la moindre chance d’en voir un, il nous faut être le plus discret possible. Nous marchons sans un mot avec le secret espoir de croiser un animal ! Quelques effilochures fraîches laissées sur des rameaux nous font penser que les cervidés sont passés il y a peu de temps. Des poils collés à un tronc d’arbre nous confortent dans cette idée. Nous sommes aux aguets. A notre droite dans un champ de neige, d’autres traces. Ce sont des empreintes de renard en recherche de nourriture. A gauche, deux écureuils se poursuivent de branche en branche puis d’arbre en arbre. Nous quittons la lisière de la forêt sans avoir vu le cerf tant rêvé.
Treize heures : encore une bonne demi-heure de marche avant d’atteindre l’arbre sur les racines duquel nous pourrons nous asseoir pour le pique-nique. Nous y partageons le contenu de nos sacs : jambon, fromages, fruits, biscuits tous de fabrication locale.
Quatorze heures : Notre ascension reprend. Depuis ce matin le ciel s’est totalement dégagé et c’est maintenant dans une carte postale que se déroule notre randonnée. Encore environ deux cents mètres pour atteindre le point que nous nous sommes fixé. Christian consulte son altimètre, 1920 mètres ! Au loin, au fond d’une petite vallée, un refuge. Notre prochaine étape. Pendant plus d’une heure, nous nous amusons en redescendant, qui en courant, qui en glissant sur les fesses, qui en faisant de très grandes enjambées…
Seize heures : après avoir retiré la pierre qui ferme la porte du refuge, nous entrons. Une table de ferme et deux bancs nous invitent à nous asseoir quelques instants. Dans la cheminée, un feu est préparé et attend le craquement de l’allumette. Un petit escalier mène à l’étage qui peut accueillir une douzaine de randonneurs pour quelques nuits. Bien sûr il faut accepter de dormir dans son sac de couchage à même le plancher ! Sur la cheminée extérieure, se trouve « l’espanta bruja » autrement dit la pierre placée pour éloigner les sorcières. Le refuge est bien protégé !
Nous croisons nos premiers raquettistes. Ils paraissent très admiratifs de la balade que nous venons d’accomplir. Le chemin sur la dernière partie longe le cours d’eau. De chaque côté les bouleaux s’élancent vers le ciel. Ultime récompense ! Un gypaète barbu* nous survole. Nous nous figeons devant le spectacle ! D’une envergure que nous estimons d’environ 2m50, l’animal est majestueux !
Méconnu, unique en son genre, nous croyons distinguer la tête aux yeux jaunes cerclés de rouge et agrémentée d’une curieuse barbiche qui caractérise ce rapace nécrophage.
Dix sept heures : nous avons rejoint notre véhicule, heureux de cette journée pleine de découvertes et de surprises !
Bonne balade !
Le Saviez-vous ?
*Gypaète vient du grec "gyps" vautour et "aëtos" aigle
En Espagne le nom vernaculaire du gypaète barbu est : quebrantahuesos (casseur d'os)...
Lorsqu'un os est trop grand, le gypaète va le fracasser sur son ossuaire. Les os se cassent rarement du premier coup, et certains sont lancés à 50-100 m de hauteur plus d'une vingtaine de fois. Mais en moyenne, au bout de 6 fois, les os sont suffisamment petits pour être ingérés.
Il n'a pas à subir de concurrence et profite d'une nourriture 15% plus riche que la chair.
Son appareil digestif est le seul capable de supporter une telle alimentation.
Le gypaète barbu reste le rapace le plus menacé d’Europe et est encore malheureusement victime des hommes. Il survit dans les Pyrénées, en Corse en Crête et depuis 1986 dans les Alpes. En 2001 la France comptait 37 couples (10 en Corse, 2 dans les Alpes et 25 dans les Pyrénées).
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